Parler à quelqu’un qui écoute vraiment, qui répond à toute heure, qui comprend sans juger… et qui n’est pas son partenaire. Pour certaines femmes, l’intelligence artificielle est en train de devenir cet espace intime où l’on se confie lorsque le dialogue se raréfie dans le couple. Une zone grise, entre soutien émotionnel et attachement, qui met en lumière une réalité bien connue : le manque. Manque d’écoute, de désir, de reconnaissance ou de connexion émotionnelle.
Observateur privilégié des transformations du couple et de l’infidélité depuis plus de dix ans, Gleeden, première plateforme de rencontres extra-conjugales en Europe, s’est associé à l’Ifop pour analyser ce phénomène émergent à travers une étude inédite consacrée aux usages affectifs et sexuels de l’intelligence artificielle en France.
Les résultats montrent que l’IA ne se contente plus d’assister le quotidien : elle s’invite désormais dans l’intimité, parfois jusqu’à devenir un tiers invisible dans la relation.
Quand l’IA devient un refuge émotionnel
Contrairement aux représentations d’une sexualité virtuelle débridée, les usages féminins de l’IA sont majoritairement émotionnels et relationnels. L’intelligence artificielle apparaît comme un espace neutre et accessible à tout moment, dans lequel il est possible de parler sans être interrompue, jugée ou renvoyée à des attentes conjugales. Ainsi, 28 % des femmes déclarent avoir déjà utilisé l’IA pour traverser une période de baisse de moral.
D’autres y cherchent un soutien ponctuel pour réfléchir à leur relation, mettre des mots sur une insatisfaction diffuse ou retrouver le sentiment d’être écoutées. Pour certaines, l’IA devient une forme de confident moderne, révélateur d’un dialogue fragilisé au sein du couple.
L’amant virtuel : une nouvelle forme d’infidélité émotionnelle
« Pour certaines femmes, l’IA devient un amant virtuel sans corps, mais pas sans intimité. On n’y cherche pas forcément du sexe, mais de l’écoute, de l’attention, du désir ou le sentiment d’exister à nouveau en tant que femme, et pas seulement comme partenaire ou mère. Comme dans toute infidélité, l’IA ne crée pas la rupture : elle révèle un manque déjà présent dans le couple », analyse Solène Paillet, directrice marketing et communication de Gleeden.
Cette forme d’attachement interroge profondément la notion de fidélité. Peut-on parler de tromperie lorsqu’il n’y a ni contact physique ni rencontre réelle ? Pour de nombreuses femmes, la réponse n’est pas évidente. L’étude montre que l’intimité émotionnelle partagée avec une IA peut être perçue comme une transgression, précisément parce qu’elle touche à ce qui est censé rester exclusif au couple.
Dépendance affective : une intimité qui peut basculer
L’étude met également en lumière une zone de vulnérabilité : l’attachement émotionnel à l’IA. Parmi les Français ayant déjà utilisé un chatbot compagnon, 53 % reconnaissent avoir développé une forme de dépendance affective à ces échanges. Ce phénomène concerne presque autant les femmes (49 %) que les hommes (54 %), montrant que le besoin de lien dépasse largement les clivages de genre.
Les conversations à caractère érotique renforcent ce risque : 38 % des personnes ayant déjà expérimenté ce type d’échange évoquent une expérience addictive, en particulier chez les moins de 35 ans. L’IA devient alors un refuge facile, disponible et sans conflit immédiat, mais dont la place peut progressivement supplanter celle de la relation réelle.
Quand le couple se sent menacé
Ces usages ne sont pas sans conséquence sur la vie conjugale. Près d’un utilisateur sur deux (46 %) ayant échangé de manière érotique avec une IA affirme avoir déjà préféré une interaction virtuelle à un rapport sexuel avec son ou sa partenaire.
Pour de nombreuses femmes, ces pratiques brouillent les repères traditionnels de la fidélité. Elles posent des questions nouvelles sur l’exclusivité émotionnelle, le désir partagé et la place de l’intimité dans le couple. L’IA n’est plus perçue comme un simple outil, mais comme un tiers invisible capable de fragiliser l’équilibre relationnel.
Une intimité en pleine recomposition
« Alors que les usages sexuels et affectifs de l’IA restent encore minoritaires, ils esquissent déjà une transformation profonde de l’intimité », explique Nicola Gaddoni, directeur d’études à l’Ifop.
« L’IA apparaît à la fois comme un outil d’exploration, un soutien émotionnel et une source de tensions, notamment lorsqu’elle brouille la frontière entre relation humaine et relation numérique. »
Un phénomène appelé à s’amplifier
Si aujourd’hui seuls 6 à 8 % des Français déclarent avoir déjà eu une interaction romantique ou sexuelle avec une IA, le potentiel d’usage est bien plus élevé. 46 % se disent prêts à utiliser l’IA pour des questions relationnelles, 40 % pour la séduction et 35 % pour des conseils sexo. Chez les jeunes générations, ces chiffres progressent fortement, laissant entrevoir l’émergence de nouvelles formes d’attachement, de désir et parfois d’éloignement au sein du couple, à l’ère numérique.
Étude Ifop pour Gleeden réalisée par questionnaire auto-administré en ligne du 14 au 19 novembre 2025 auprès d’un échantillon représentatif de 2 603 personnes âgées de 18 ans et plus.
Étude IFOP x Gleeden
L’intégralité de l’« Observatoire Gleeden des usages sexuels de l’IA », réalisé en collaboration avec l’Ifop, est disponible ici :
👉 Consulter l’étude complète